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mercredi 14 décembre 2011

Médecine des voyages

Oula, Oula
Clarifions bien les choses: je ne suis pas en vacances, je bosse. La preuve: je suis payé pour.
 Bien entendu, le secret médical m'empêche de signaler mes activités de soin qui doivent rester discrètes, surtout en voyage. Et puis j'ai des fonctions de prévention très importantes dans les domaines des addictions, de la prévention des accidents de trajet, des troubles musculosquelettiques (TMS), du maniements des outils de travail.
Je parle bien sur des bières, des erreurs dans le métro, du maniement des valises, des fourchettes.
Mais bon, ce n'est que le début de la mission, et c'est 72 h sur 72  depuis le départ.
Ici Sydney, bintôt Hobbart, puis les 40° rugissants, les 50° hurlants et les 60° mugissants.
Et là, ce ne sera pas du tout des vacances.

mardi 13 décembre 2011

Un ptit beurre de toulouse




24 heures pile  que je suis parti.
12 mois pile que j'ai lu l'annonce TAAF du QdM.
28  ans pile que Baba et moi vivons ensemble.
62 ans  pile d'hivernage en Terre Adélie
100 ans  pile que R. AMUNDSEN a atteint le pôle sud. 
161 ans pile que Dumont d'URVILLE a abordé.
2011 ans  presque que le petit Jésus est né.
3 millions d'années au moins que l'humanité existe.

Joyeux anniversaires.

Pourvu que ça dure.

lundi 12 décembre 2011

Level 2, comme dans un jeu vidéo.




Soudain, en arrivant sur ce quai de Hobart, nous sommes passés au niveau 2.
Après ce projet, cette selection, cette préparation, ce voyage, tout à coup c'est le virage.
La niveau 1 est derrière nous, nous avons changé de monde.
Essai des tenues de survie en cas d'évacuation du navire, lieu de rassemblement  en cas d'incendie, manoeuvre avec les sirènes, tout le monde sur le pont. Stan le capitaine, Stan le second, Sacha le motel, Sacha le marin,  les indonésiens dont je n'ai pas réussi à rendre le prénom phonétiquement transcriptible.
Visite des chaloupes d'évacuation,  accès autorisé sur la passerelle, faire le tour de l'hélico pour aller prendre l'air à l'arrière.
Manger avec le commandant, avec le pilote hélico, avec le glaciologue. 
Aider l'oceano a gréer son dispositif  de mesure de température des eaux profondes (une sonde, 3 kms de fil de cuivre ramenant les données en direct à bord avant sa rupture)
Des images satellite de la glace antarctique pour choisir notre route.
Les 40° rugissants, les 50° mugissants, les 60° hurlants.
Un bateau sous pilote automatique, jamais personne à la barre, au sein d'un océan où il n'y a pas un bateau qui navigue (même le dimanche), pas un avion dans le ciel, ça change de la rade Sud.

Bonne mère, Notre Dame de la Garde, protégez les marins qui sont dans le vieux port. 
Et les autres, qu'ils se débrouillent!

Là, on va se débrouiller.

samedi 10 décembre 2011

Allo papa tango charlie...


Ce coup ci, nous sommes ca y est tu peux vas-y. Départ lundi, Viviane plie mais ne rompt point, il va être temps de préparer nos sacs.
Pour que ceux qui restent puissent nous suivre, internet offre des trucs de dingues.
Attention tous ces gadgets sont soumis à des tas de contraintes techniques et des erreurs peuvent survenir, qui ne concernent que le gadget...particulièrement le suivi en temps réél des vols qui dépend de bénévoles bien allumés genre trainspotting (comme les "éclaireurs" de coyote sur autoroute).

Le voyage:  
rendez vous pour tous à Roissy lundi à 10 heures, on pourrait amener chacun une petite spécialité de chez soi pour le casse-croûte de midi, non?

Donc 13 heures lundi départ du vol pour Hong Kong: 

voila  l'avion

Puis Hong-Kong Sydney

voila  l'avion

Puis Sydney Hobbart  (2 vols différents, je crains...)
voila  l'avion

Ensuite, l'astrolabe, positionné en direct

Enfin  le vent et la météo de DDU  la vraie, la bonne,la seule, Météo France, bien sur.

De quoi vous occuper, vous nos mamans, vous les mamans de nos enfants, et vous les mamans des mamans de nos enfants, inquiètes pendant que nous ferons les pères noëls du pôle sud.


Merci à mon Jean Marc qui vient de m'envoyer la vignette du jour, le globe terrestre reconfiguré...


jeudi 8 décembre 2011

Comment dire?

Il pleut.
Il pleut beaucoup, fort, une vraie pluie d'hiver, comme on n'a pas eu depuis... l'hiver. Ca pisse comme vache qui pleut. Ca mouille c'est froid, c'est agaçant, mais j'aime bien le bruit.
Surtout la nuit, quand je dors mal. J'aime bien aussi les cloches de l'église de Claix, et même le bruit du camion-poubelle tôt le matin.
Et celui de la sirène des pompiers à midi (essai du premier mercredi du mois, chez toi aussi?).
Ces bruits là j'en profite, car dans 4 jours, fini, fini.
Comme le chien chiant de la voisine, comme le vent dans les arbres, comme la sonnette du cabinet médical, celle du téléphone et la voix des miens dedans.
J'aime bien et j'en profite, sans nostalgie car je sais bien qu'il y aura d'autres choses.
N'empêche.
La chaleur de la cheminée, le chat dans les pieds, la main de Baba sur mon épaule, la mienne sur son ventre, ça va me manquer.
Comment s'expliquer que d'aller voir ailleurs, ce n'est pas tourner le dos à tout cela, mais répondre à quelque chose qui nous dépasse, à une curiosité pour là-bas qui n'est pas un désintérêt pour ici.
Comment se l'expliquer?
Alors comment le dire à la pluie, au clocher, au chien, au chat, au feu et à la main de Baba?

lundi 5 décembre 2011

Chagrin d'amour


8 heures du mat, j'ai des frissons.
J'allume goggle et je coupe le son
Clac fait la glace quand avance l'astro....
C‘est plein d’Kleenex et d’bouteilles vides
Je suis tout seul, tout seul, tout seul


Je voudrais pas me vanter, mais il me semble que bien que l'ASTROLABE est en train de FAIRE ROUTE vers le Nord!
Vers le Nord, vers nous, il vient nous chercher.
Enfin enfin, finies les grasses matinées, les bouffes avec les copains tous les soirs, les regards attendris, anxieux et/ou envieux.
Enfin enfin, le mal de mer et mes nouveaux amis d'enfance, les vrais de vrais, les hivernants.

A dimanche, je crois bien.

samedi 3 décembre 2011

Ohé, Ohé, capitaine abandonné!



Et voilà, encore reporté, au dimanche 11 décembre maintenant, en avion par PARIS, HONG KONG,  SYDNEY, HOBBART puis bateau pour DDU (Dumont d'Urville).

Partira partira pas?
Pour comprendre, il faut comprendre la complexité de ce voyage.

Pour aller en Antarctique, une seule saison possible: l'été; deux vecteurs possibles: l'avion ou le bateau. Pas de rail, pas de route, trop loin pour un hélico.
La France a plus ou moins choisi le bateau, pour des raisons historiques et pratiques: la base DDU ne dispose pas de piste avion,  étant sur une île rocheuse abordable quand la banquise disparaît.
La banquise... voilà tout le problème.

2 formes de glace en antarctique:
Le glacier gigantesque qui couvre le continent, atteignant 3000 m d'épaisseur par endroits. C'est cette énorme quantité de glace qui est responsable des vents catabatiques, et des températures beaucoup plus basses au sud qu'au nord, où il n'y a que de petits glaciers, au Groenland  ou en Islande par exemple.
Et pis la banquise, glace de mer: l'eau salée gèle au dessous de -2°, et reste alors en surface (oui, gros malin, comme le glaçon dans le pastis). Pour mémoire la température annuelle moyenne à DDU étant de -10°, la banquise c'est du bon dur. Il faut que l'été s'installe sérieusement pour que la banquise commence à fondre  Rappelons que c'est l'été austral quand on commence à gratter les voitures ici. Les vents catabatiques complètent le tout en poussant la banquise vers le large (vent du Sud, donc froid, mais qui poussent vers le nord, c'est à dire vers le chaud, tu suis toujours ou bien?).
Alors sur certaines bases, au fond de golfes clairs, plus au sud (c'est à dire plus au froid, ressert toi un pastaga), la banquise ne fond  pas du tout de l'année et sert à poser les gros navions (Airbus à Mac Murdo US).

A DDU, il faut donc attendre la fonte de la banquise pour l'arrivée du bateau,  l'ASTROLABE.
Ce navire est un compromis, c'est à dire que la forme  ronde de sa coque le rend capable d'affronter  une banquise disloquée au prix d'une instabilité à la mer inconfortable, d'où le surnom légendaire de GASTROLAB.  Son épaisseur de coque et sa puissance  ne lui permettent pas d'être un brise glace, et d'affronter la banquise constituée.

Voila pourquoi celui que me dit "t'attends quoi pour partir, le dégel?" est vraiment très proche de la vérité.

L'ASTROLABE  partait de Hobbart le 21 octobre , a atteint la banquise, a pu débarquer quelques passagers par hélicoptère (conditions nécessaires: météo de carte postale, 2 hélicos simultanément, moins de 200 kms de distance). Puis arrêt des transferts pour panne hélico, long délai d'obtention de la pièce (pas de magasin "NORAUTO" dans le coin), largage par avion de la pièce... pendant que le bateau dérivait avec la banquise au delà des 200kms. Ces transferts de personnels ont été conclus par un avion Twin-Otter venu d'une base Italienne antarctique qui s'est posé à proximité sur la banquise (du bon dur!). Tout le matériel est donc resté à bord. 
Maintenant l'ASTROLABE est comme le bâtonnet dans l'esquimau, jouet de la banquise qui l'entoure. Le graphique de la vignette d'introduction de l'article montre ses efforts pour échapper à la glace, un coup j'avance un coup je recule, comment veux tu que je rentre à Hobbart.

Comme y disent à Cholet: on est pas rendus...

2 moralités  à ce 4° report de date.

1) Notre place de retardés est plutôt confortable, payés à rien foutre à la maison, en comparaison de celle de ceux qui se démènent pour trouver des solutions, et surtout de celle de ceux qui sont en mer depuis plus d'un mois, avec trop de glaçons, et peut-être plus de pastis... Ohé Ohé, capitaine abandonné.

2) C'est pas que je m'ennuie, mais c'est quand même la première fois que je trouve le temps d'écrire un bouquin sur ce blog.

(si quelqu'un me trouve l'accent dauphinois, qu'il le dise!)

Films et Références à cliquer:   Banquise Astrolabe